Comprendre la voix off.
Une voix enregistrée n'est pas une fourniture, c'est une interprétation. Ce statut fonde tout ce qui suit. Voici, en quelques repères, comment se lit un devis de voix, et ce que recouvrent les mots qu'on y trouve.
01Comédien, artiste interprète
« Voix off » désigne un procédé, pas un métier. Celui qui enregistre est un comédien, et la loi le nomme artiste interprète : la personne qui représente, chante, récite, déclame ou joue une œuvre (Code de la propriété intellectuelle, article L 212 1). C'est cette dénomination, comédien ou artiste interprète, qui figure sur les contrats et les bulletins de salaire.
Elle emporte des droits attachés à la personne, dont le respect du nom, de la qualité et de l'interprétation, que l'on ne peut ni céder ni perdre (article L 212 2).
02Le cachet et les droits
Un enregistrement se rémunère en deux parts, toujours distinctes.
Le cachet paie la séance : c'est un salaire, forfaitaire, versé par le producteur ou le studio qui emploie le comédien pour la durée de l'enregistrement. Il ne dépend pas du nombre d'heures passées en cabine, dans les limites du droit du travail.
Les droits paient l'exploitation de l'enregistrement : le fait de diffuser cette voix, sur tel support, pendant tel temps, sur tel territoire. En publicité, ils peuvent représenter la plus grande part de la somme totale. Ils ne sont pas une option ajoutée au cachet, ils sont l'objet même de l'achat.
03Les quatre variables d'un usage
Un devis de voix se lit avec quatre questions.
Le support : télévision, radio, cinéma, internet, réseaux sociaux, usage interne, événement. Chaque support est un mode d'exploitation, rémunéré séparément.
Le territoire : France, Europe, monde. Une voix diffusée à l'international ne s'achète pas comme une voix diffusée dans une région.
La durée : l'usage courant en publicité est d'un an, renouvelable. Au terme, l'exploitation cesse ou fait l'objet d'un renouvellement.
L'étendue : campagne nationale ou locale, nombre de films, déclinaisons. Ces éléments s'écrivent, ils ne se supposent pas.
Quand supports, territoires ou durées se multiplient, la rémunération se négocie et s'ajuste, souvent de manière proportionnelle. C'est normal, et c'est prévu.
04Ce que dit la loi
Le contrat entre le producteur et l'artiste doit préciser la rémunération pour chaque mode d'exploitation, en fonction de la zone géographique, de la durée, de l'importance de la diffusion et de la nature du support : c'est la logique de l'article L 132 31 du Code de la propriété intellectuelle pour les œuvres publicitaires, et c'est l'usage constant pour les voix.
Il en découle deux conséquences pratiques. L'enregistrement fait l'objet d'un contrat de travail écrit, émis par le producteur et signé par le comédien, qui décrit la prestation et les modalités d'exploitation ; c'est une sécurité pour les deux parties. Et une cession globale « pour tous supports, tous territoires, sans limite de temps » n'est pas conforme aux usages professionnels en France : les modes d'exploitation se nomment un par un.
Un comédien ne peut pas facturer un enregistrement en auto entrepreneur ni en droits d'auteur : le ministère de la Culture l'a rappelé (circulaire du 28 janvier 2010). La rémunération passe par le salaire, avec les cotisations du spectacle, dont les congés payés gérés par Audiens.
05La voix et l'intelligence artificielle
Ma voix ne peut pas servir à entraîner, cloner ou synthétiser une voix artificielle. J'ai exercé mon droit d'opposition, prévu par le Code de la propriété intellectuelle (articles L 211 3 8°, L 122 5 III et R 122 28), par mandat confié à l'association Les Voix. Ce refus s'ajoute à la protection des données biométriques du RGPD, dont la voix fait partie.
Concrètement, aucun enregistrement livré ne peut être réutilisé à ces fins, quel que soit le contrat.
06Les organismes de référence
Les Voix, association des comédiens de la voix enregistrée, qui publie les principes de rémunération, un contrat type de voix publicitaire établi avec les producteurs et les agents, et un glossaire du métier.
L'Adami, société de gestion des droits des artistes interprètes, dont je suis artiste associé.
La Spedidam, pour les droits liés aux enregistrements.
Le SFA, Syndicat français des artistes interprètes.
Audiens, groupe de protection sociale de la culture et des médias, qui gère les Congés Spectacles.
Mon agent, V&V Les Agents Voix, qui établit devis et contrats.
Lexique
- Artiste interprète
- Dénomination légale du comédien qui enregistre.
- Cachet
- Salaire forfaitaire de la séance d'enregistrement.
- Droits d'exploitation, droits voisins
- Rémunération de la diffusion de l'enregistrement.
- Mode d'exploitation
- Un support donné : télévision, radio, internet, cinéma, interne.
- Territoire
- Zone géographique de diffusion autorisée.
- Période
- Durée d'exploitation, souvent un an, renouvelable.
- Renouvellement
- Prolongation de l'exploitation au terme de la période, contre nouvelle rémunération.
- Exclusivité
- Engagement de ne pas prêter sa voix à un concurrent pendant la période, rémunéré à part.
- Billboard
- Court parrainage d'émission, quelques secondes, au début ou à la fin.
- Bande annonce
- Annonce d'un programme, à l'antenne.
- Habillage d'antenne
- Ensemble des voix d'identité d'une chaîne ou d'une radio.
- Voice over
- Voix française posée par dessus une voix originale qu'on entend encore.
- Doublage
- Remplacement synchrone de la voix originale, rémunéré à la ligne selon l'accord national du doublage.
- Animatic
- Maquette animée d'un film publicitaire, dite pour un test ou une compétition.
- Session dirigée
- Enregistrement mené à distance, en direct, par le réalisateur ou le client.
- Retake
- Reprise d'un passage après l'enregistrement, à la demande du client.
- Rush
- Enregistrement brut, avant montage.
- Contrat de travail
- Document obligatoire qui décrit la prestation et les usages autorisés.
- Droit d'opposition, opt out
- Refus exprès de tout usage par une intelligence artificielle.
Ces repères sont donnés à titre d'information et ne remplacent ni un contrat ni un conseil juridique. Chaque projet fait l'objet d'un devis établi avec mon agent.